18 Ondes acoustiques
18.1 Onde sphérique
Dans ce problème, on cherche à déterminer le champ acoustique émis par une sphère vibrante. On considère pour cela une sphère de rayon \(a\) et on suppose qu’elle vibre radialement à la fréquence \(f_0\) avec une vitesse \(V_0\). On considère un repère placé au centre de la sphère. La sphère vibre dans l’air, milieu supposé homogène et isotrope. On note \(\rho_0\) la masse volumique du milieu et \(c_0\) la vitesse du son. On rappelle l’expression de l’opérateur laplacien en coordonnées sphériques :
\[\Delta f = \frac{1}{r^2} \frac{\partial }{\partial r}\left( r^2 \frac{\partial f}{\partial r} \right) + \frac{1}{r^2 \sin\theta}\frac{\partial}{\partial \theta}\left( \sin \theta\frac{\partial f}{\partial \theta} \right) + \frac{1}{r^2 \sin^2 \theta}\frac{\partial^2 f}{\partial \phi^2}\]

Ecrire l’équation aux dérivées partielles satisfaite par la pression au point d’écoute \(M\) de coordonnées \((r,\theta,\phi)\).
Montrer que cette équation peut se mettre sous la forme : \[\frac{1}{c_0^2}\frac{\partial^2 rp_a}{\partial t^2} - \frac{\partial^2 rp_a}{\partial r^2} = 0\]
Montrer que la solution de cette équation s’écrit : \[p_a(r,t) = \frac{1}{r}f(r-c_0t)+\frac{1}{r}g(r+c_0t)\]
Quelle est la signification physique des deux termes de cette solution ?
La sphère émet une impulsion à \(t=0\) d’amplitude A. Tracer qualitativement la pression \(p_a(r,t)\) pour \(t=0\), \(t_1>0\) et \(t_2>t_1\).
On suppose que la sphère vibre de façon harmonique. La vitesse de vibration radiale, en notation complexe, s’écrit donc : \(V_s(t) = V_0 \exp(-i\omega_0 t)\). En utilisant les conditions limites du problème, montrer que la pression s’écrit : \[p_a(r,t) = \frac{A}{r} \exp(i (k_0 r-\omega_0t))\] avec \(A\) une constante que l’on déterminera par la suite.
Identifier la constante \(A\).
Le niveau de pression en dB est défini par : \[L = 10 \log\left( \frac{p_\mathrm{moy}^2}{p_\mathrm{ref}^2}\right)\] où \(p_\mathrm{ref}= 2\cdot 10^{-5}\) Pa et le terme \(p_\mathrm{moy}\) désigne la pression moyenne : \[p_\mathrm{moy} = \sqrt{\frac{1}{T} \int_0^T p(t)^2 dt}\] avec \(T\) la période de l’onde (ou la période d’observation). Calculer la pression moyenne \(p_\mathrm{moy}\) à la distance \(r\) pour une onde sphérique (on prendra : \(p_a(r,t) = \frac{A}{r} \cos(kr-\omega_0 t)\)).
Que vaut alors le niveau en dB en fonction de la distance \(r\) ?
On donne \(A\) = 28 Pa·m, calculer le niveau en dB à 1 m de la source.
Montrer que le niveau en dB peut s’écrire : \[L (r) = L(1\ \mathrm{m}) - 20 \log\left(\frac{r}{1\ \mathrm m}\right)\]
Que vaut la pression en \(r\) = 2 m, \(r\) = 10 m, \(r\) = 10000 m, commenter la pertinence physique de ces résultats.
18.2 Réflexion totale - onde plane inhomogène
Nous avons vu dans le cours, qu’une onde acoustique incidente à l’interface entre 2 fluides (ayant comme impédance \(Z_1 = \rho_1 c_1\) et \(Z_2 =\rho_2 c_2\)) donne une onde réfléchie et une onde transmise. Selon les cas, il existe un angle d’incidence critique \(\theta_{cr}\) au-delà duquel, il ne peut pas y avoir d’onde plane transmise (l’angle de transmission n’est alors plus défini) on dit alors qu’il y a réflexion totale. Cela veut-il pour autant dire qu’aucune onde n’est transmise à travers l’interface ? Pour répondre à cette question, nous allons étudier cette situation.

Rappeler les lois de Snell-Descartes.
Faire une figure schématisant la réflexion/transmission d’une onde à l’interface entre 2 fluides pour \(c_2<c_1\) et \(c_2>c_1\). Dans quel cas l’angle \(\theta_t\) peut-il ne pas être défini ? Que vaut alors l’angle critique.
D’après les lois de Snell-Descartes, la composante horizontale du nombre d’onde est la même pour les ondes incidentes, réfléchies et transmises. Par conséquent, on a la relation suivante : \(k_{tx}=k_{ix}=\frac{\omega}{c_1} \sin \theta_i\), en déduire la composante suivant \(z\) du vecteur d’onde \(\underline{k}_t\) dans le cas où \(\theta_i > \theta_{cr}\).
Montrer que l’onde plane transmise dans le milieu 2 peut s’écrire : \[p_t = TA \exp(z/\delta) \exp[i(k_x x-\omega t)],\] Donner une interprétation physique de \(\delta\) et de l’onde obtenue.
Calculer les coefficients \(R\) et \(T\) au-delà de l’angle critique.
Vérifier alors que \(|R|=1\).
Équation d’onde
L’équation des ondes à 3D s’écrit : \[\frac{1}{c_0^2}\frac{\partial^2 p_a}{\partial t^2} - \Delta p_a = 0\] On remplace le Laplacien par son expression en coordonnées sphériques on obtient : \[\frac{1}{c_0^2}\frac{\partial^2 p_a}{\partial t^2} - \left( \frac{1}{r^2} \frac{\partial }{\partial r}\left( r^2 \frac{\partial }{\partial r} \right) + \frac{1}{r^2 \sin\theta}\frac{\partial}{\partial \theta}\left( \sin \theta\frac{\partial}{\partial \theta} \right) + \frac{1}{r^2 \sin^2 \theta}\frac{\partial^2}{\partial \phi^2} \right)p_a = 0\] Le problème est à géométrie sphérique (milieu et source), par conséquent les dérivées par rapport à \(\theta\) et \(\phi\) sont nulles : \[\frac{1}{c_0^2}\frac{\partial^2 p_a}{\partial t^2} - \frac{1}{r^2} \frac{\partial }{\partial r}\left( r^2 \frac{\partial p_a}{\partial r} \right) = 0\]
Équation factorisée
\[\begin{aligned} \frac{1}{c_0^2}\frac{\partial^2 p_a}{\partial t^2} &= \frac{1}{r^2} \frac{\partial }{\partial r}\left( r^2 \frac{\partial p_a}{\partial r} \right) \\ &= \frac{1}{r^2} \left( 2 r \frac{\partial p_a}{\partial r} + r^2 \frac{\partial^2 p_a}{\partial r^2}\right) \end{aligned}\] On remarque que : \[\begin{aligned} \frac{\partial^2 rp_a}{\partial r^2} &= \frac{\partial }{\partial r}\left( \frac{\partial rp_a}{\partial r} \right) \\ &= \frac{\partial }{\partial r}\left( p_a + r \frac{\partial p_a}{\partial r} \right) \\ &= 2 \frac{\partial p_a}{\partial r} + r \frac{\partial^2 p_a}{\partial r^2} \end{aligned}\] On en déduit que : \[\frac{1}{c_0^2}\frac{\partial^2 rp_a}{\partial t^2} - \frac{\partial^2 rp_a}{\partial r^2} = 0\]
Solution de l’équation
On remarque que cette équation est l’équation des ondes 1D dont on connaît la solution : \[rp_a = f(r-c_0t) + g(r+c_0t)\] Par conséquent : \[p_a(r,t) = \frac{1}{r}f(r-c_0t)+\frac{1}{r}g(r+c_0t)\]
Interprétation physique
Le premier terme \(f(r-c_0t)\) est une onde divergente (qui se propage vers les \(r\) croissants). L’amplitude de ce terme décroît en \(1/r\).
Le deuxième terme \(g(r+c_0t)\) est une onde convergente (qui se propage vers les \(r\) décroissants). L’amplitude de ce terme croît en \(1/r\). Potentiellement, il y a donc une singularité en \(r=0\). En fait, ce problème n’en n’est pas un dans notre cas puisique la sphére est située en \(r=0\) avec un rayon \(a\).
Impulsion
Dans cette configuration, seul le terme correspondant aux ondes divergente est à considérer dans la solution. La solution est tracée sur la figure suivante :

Vibration de la sphère
On ne considère que les ondes divergentes produites par la sphère : \[p_a(r,t) = \frac{1}{r} f(r-c_0t)\]
En se servant de la conservation de quantité de mouvement à la surface de la sphère, on peut écrire:
\[ \rho_0 \frac{\partial V_s}{\partial t} = -\nabla p(a, t) \cdot \mathbf e_r\]
Le terme à gauche de l’équation donne :
\[ \rho_0 \frac{\partial V_s}{\partial t} = -i\omega_0 \rho_0 V_0 e^{-i\omega_0 t}. \]
Le terme à droite donne
\[ -\nabla p(a, t) \cdot \mathbf e_r = -\frac{\partial p}{\partial r}(a, t) = \frac{1}{a^2}f(a - c_0 t) - \frac{1}{a}f'(a - c_0t)\]
Pour faciliter l’identification de \(f\), on pose le changement de variable
\[\begin{aligned} x & = a - c_0 t\\ t & = \frac{a - x}{c_0}\end{aligned}\]
On a donc l’équation suivante:
\[\begin{aligned} -i \omega_0 \rho_0 V_0 e^{-i \frac{\omega_0}{c_0} (a - x)} & = \frac{1}{a^2}(f(x) - af'(x))\\ \Leftrightarrow af'(x) - f(x) & = i a^2 \omega_0 \rho_0 V_0 e^{-ik_0 a} e^{ik_0 x} \end{aligned}\]
On en déduit une solution particulière de la forme \(f(x) = Ae^{ik_0 x}\), et
\[p(r, t) = \frac{A}{r}e^{i (k_0 r - \omega_0 t)}\]
Identification de la constante
En remplaçant \(f(x) = Ae^{ik_0 x}\) dans l’équation ordinaire, on trouve :
\[ A = \frac{i a^2 \omega_0 \rho_0 V_0 e^{-ik_0 a}}{ia k_0 - 1}\]
Pression moyenne
On utilise l’écriture de la pression sous forme réelle : \(p_a(r,t) = Re(A/r exp(i(kr- \omega_0 t))\) obligatoire pour un calcul propre.
\[\begin{aligned} p_\mathrm{moy} &= \sqrt{\frac{1}{T} \int_0^T p(t)^2 dt} \\ &= \sqrt{\frac{A^2}{Tr^2} \int_0^T \cos(kr-\omega_0 t)^2 dt} \\ &= \sqrt{\frac{A^2}{Tr^2} \int_0^T \frac{1+\cos(2(kr-\omega_0t))}{2} dt} \\ &= \frac{A}{\sqrt{2}r} \end{aligned}\]
Intensité sonore
On reporte la solution de la question précédente dans la définition des dB: \[L = 20 \log \left( \frac{A}{\sqrt{2}r p_{ref}} \right)\]
\[L(r=1m) = 20 \log \left( \frac{28\mathrm {Pa}\cdot \mathrm m}{\sqrt{2} \times 1\ \mathrm m \times 2\cdot 10^{-5}\mathrm{Pa}} \right)\approx 20 \log \left( \frac{28}{2.8\cdot \text{ }10^{-5}} \right)=20 \log \left(10^{6} \right)=120 dB\]
En utilisant les propriétés sur les logs, on trouve directement :
\[\begin{aligned} L &= 20 \log \left( \frac{A}{\sqrt{2}r p_\mathrm{ref}} \right) \\ &= 20 \log \left( \frac{A}{\sqrt{2} p_\mathrm{ref}\times 1\ \mathrm m} \cdot\frac{1\ \mathrm m}{r} \right) \\ & = L(1\ \mathrm m) + 20\log\left(\frac{1\ \mathrm m}{r}\right)\\ &= L(1\ \mathrm m) - 20 \log\left(\frac{r}{1\ \mathrm m}\right) \end{aligned}\]
Pour ces applications numériques, il suffit de se rappeler que \(\log(2) \approx 0.3\) : \[L(2\ \mathrm m) = 120-6 = 114 dB\] \[L(10\ \mathrm m) = 120-20 = 100 dB\] \[L(10^5\ \mathrm m) = 120-80 = 40 dB\]
On constate qu’on ne percevra plus la source à une distance de \(10^6\) m, ce qui est un peu loin. Plusieurs éléments n’ont pas étaient pris en compte dans notre modèle simplifié tel que l’absorption.
Snell-Descartes
Les angles de l’onde incidente et de l’onde réfléchie sont égaux : \[\theta_i = \theta_r = \theta\] par ailleurs : \[\frac{\sin \theta}{c_1} = \frac{\sin \theta_t}{c_2}\]
Angle critique



L’angle \(\theta_t\) peut ne pas être défini dans le cas \(c_2>c_1\). On appelle angle critique \(\theta_{cr}\), l’angle d’incidence tel que l’angle de l’onde transmise soit égal à \(\pi/2\) : \(\theta_i=\theta_{cr}\) si \(\theta_t = \pi/2\) dans ce cas l’angle critique vaut : \[\theta_{cr} = \arcsin{\left( \frac{c_1}{c_2} \right)}\]
On a donc une onde transmise seulement si \(\theta_i < \theta_{cr}\).
Vecteur d’onde selon z
Les relations de dispersion dans les milieux 1 et 2 sont \(\frac{\omega}{k_1} = c_1\) et \(\frac{\omega}{k_2} = c_2\). Par ailleurs : \(\underline{k}= k_x \underline{e}_x + k_z \underline{e}_z\). On en déduit : \[\label{eq:k2} k_{tz}^2=\frac{\omega^2}{c_2^2} - \frac{\omega^2}{c_1^2} \sin^2 \theta_i=\frac{\omega^2}{c_2^2}\left(1 - \frac{c_2^2}{c_1^2} \sin^2 \theta_i\right)\]
Dans le cas où \(\theta_i>\theta_{cr}\), alors : \[\frac{c_2}{c_1} \sin \theta_i >1,\] ce qui entraîne d’après la relation [eq:k2] que le carré de la composante suivant \(z\) du vecteur d’onde de l’onde transmise est négatif : \(k_{tz}^2<0\), c’est à dire que la composante verticale du vecteur \(\underline{k}_t\) est imaginaire pur. Il existe deux solutions admissibles : \[k_{tz} =\pm i \frac{\omega}{c_2}\sqrt{\frac{c_2^2}{c_1^2}\sin^2 \theta_i -1} = \pm i \alpha,\]
Onde évanescente
La pression acoustique transmise est : \[p_t = TA \exp[\mp \alpha z] \exp[i(k_x x-\omega t)].\]
La première solution (signe "-") est exponentiellement croissante lorsque l’on pénètre dans le milieu 2 (\(z\rightarrow -\infty\)), alors que la seconde (signe "+") est exponentiellement décroissante. Seule cette dernière est physiquement acceptable. On peut encore l’écrire : \[p_t = TA \exp(z/\delta) \exp[i(k_x x-\omega t)],\] où \(\delta\) a la dimension d’une distance : c’est la distance caractéristique sur laquelle l’onde décroît exponentiellement : \[\delta=\frac{c_2}{\omega}\left( \frac{\sin^2 \theta_i}{\sin^2 \theta_{cr}} -1 \right)^{-1/2}.\]
Ce type d’onde est appelé onde plane inhomogène.

Par opposition à l’onde plane progressive, l’onde plane inhomogène se propage dans la direction \(Ox\) , avec une amplitude exponentiellement décroissante dans la direction \(z<0\)
L’onde est évanescente dans la direction verticale.
L’influence de la perturbation acoustique créée par une telle onde est donc restreinte au voisinage de l’interface, sur une épaisseur de l’ordre de \(\delta\).
Coefficients de réflexion et transmission
Le calcul est analogue à celui effectué dans les autres cas, mais il faut utiliser les expressions qui font intervenir les vecteurs d’onde à la place de celles faisant intervenir les angles. Les vecteurs d’ondes sont : \[\begin{array}{ccc} k_{iz}&=-\omega/c_1 \cos \theta_i, \\ k_{tz}&=i \alpha. \end{array}\] Par conséquent, les coefficients de réflexion et de transmission sont : \[R=\frac{\cos \theta_i + i \frac{Z_1}{Z_2}\frac{c_2}{\omega}\alpha}{\cos \theta_i -i \frac{Z_1}{Z_2}\frac{c_2}{\omega}\alpha},\]
\[T=\frac{2\cos \theta_i}{\cos \theta_i -i \frac{Z_1}{Z_2}\frac{c_2}{\omega}\alpha}.\]