Annexe A — Algèbre utile aux vibrations et ondes

On note ci-dessous quelques résultats fondamentaux d’algèbre linéaire qui sont particulièrement utile à l’analyse des systèmes vibrants linéaires.

Avertissement

Les résultats énoncés ici sont écrit dans un langage informel pour faciliter la compréhension. La lectrice ou lecteur est invité·e à consulter un ouvrage d’algèbre linéaire, par exemple @cairoliAlgebreLineaire2004, disponible en bibliothèque pour plus de détails.

A.1 Systèmes singuliers

Soit \(\textbf A \in \mathbb R^{n\times n}\) une matrice carrée réelle. Les propositions suivantes sur \(\textbf A\) sont équivalentes (si l’une est vraie elles sont toutes vraies)

  • \(\textbf A\) est inversible
  • \(\textbf Ax = 0\) admet l’unique solution \(x = 0\)
  • les colonnes de \(\textbf A\) forment une base de \(\mathbb R^n\) (et sont donc linéairement indépendantes), et le lignes de \(\textbf{A}\) forment aussi une base de \(\mathbb R^n\).
  • \(\mathrm{det}(\mathbf A) \neq 0\)

On se servira souvent de l’équivalence suivante (issue de la négation des propositions ci-dessus):

\[ \exists x \neq 0\text{ tel que }\textbf Ax = 0\quad \Leftrightarrow\quad \det(\textbf A) = 0 \]

Note

Cette équivalence permet de contraindre \(\textbf A\) à être singulière lorsque l’on cherche des solutions non-nulles de \(\textbf Ax = 0\).

A.2 Indépendances de vecteurs

Soit \(v_i \in V\), \(i \in \{1, ..., n\}\) une famille de vecteurs. Les vecteurs \(v_i\) sont linéairement indépendants si et seulement si l’équation:

\[ \sum_{i=1}^n \lambda_i v_i = 0\]

N’est vraie que pour \(\lambda_i = 0\ \forall i\).

Astuce

Ce principe s’applique aux vecteurs et aux fonctions. On sait par exemple que \(\cos\) et \(\sin\) sont des fonctions linéairement indépendantes. Si l’équation \[ A\sin(t) + B\cos(t) = 0\quad \forall t, \] est vraie, alors nécessairement: \[ \left\{ \begin{aligned} A & = 0\\ B & = 0 \end{aligned} \right. \]

A.3 Définitions autour du produit scalaire

Soit \(u, v \in V\)\(V\) est un espace vectoriel. On défini le produit scalaire comme \(\langle u, v \rangle \in \mathbb R\).

Une matrice carrée \(\mathbf A\) est définie positive si et seulement si

\[ \langle v, \mathbf Av \rangle > 0,\quad \forall v \in V\]

Une matrice carrée \(\mathbf A\) est non-négative si et seulement si

\[ \langle v, \mathbf Av \rangle \geq 0,\quad \forall v \in V\]

Une matrice carrée \(\mathbf A\) est symétrique si et seulement si

\[ \langle u, \mathbf Av \rangle = \langle v, \mathbf Au \rangle,\quad \forall u,v \in V\]

A.4 Résultats utiles de diagonalisation

Une matrice carrée réelle \(\textbf A\) symmétrique est diagonalisable, c’est-à-dire que

\[ \exists \lambda, v\text{ tels que } \mathbf Av = \lambda v\]

et les propositions suivantes sont vraies:

  • les valeurs propres \(\lambda_i\) de \(\mathbf A\) sont réelles

  • les vecteurs propres \(v_i\) de \(\mathbf A\) forment une base et sont orthogonaux entre eux par rapport à \(\mathbf A\), c’est-à-dire:

    \[ \langle v_j, \mathbf A v_i \rangle = 0\quad \forall i\neq j\]

A.4.1 Problème de valeurs propres généralisé

Les résultats ci-dessus s’appliquent également au problème de valeurs propres généralisé, qui est la recherche de \(\lambda, v\) tels que

\[ \mathbf Av = \lambda \mathbf Bv \]

\(\mathbf A\) et \(\mathbf B\) sont des matrices carrée réelles et symétriques. Les vecteurs propres \(v_i\) sont alors orthogonaux par rapport à \(\mathbf A\) et \(\mathbf B\) simultanément:

\[ \langle v_j , \mathbf A v_i \rangle = \langle v_j, \mathbf B v_i \rangle = 0\quad \forall i \neq j \]

On note \(\mathbf V\) la matrice formée par colonnes des vecteurs \(v_i\), \(i = 1, \ldots n\), on a pour conséquence de l’orthogonalité que

\[ \mathbf V^T \mathbf A \mathbf V\text{ est diagonale et } \mathbf V^T \mathbf B \mathbf V\text{ est diagonale} \]

\(\mathbf V\) est une matrice de changement de base. Rappelons que si \(v\) est un vecteur propre, alors \(\alpha v\) est également un vecteur propre pour \(\alpha \in \mathbb R\). On peut alors choisir des vecteurs propres spécifiques \(\tilde v_i\) tels que:

\[\left\{\begin{aligned} \langle \tilde v_i, \mathbf A \tilde v_i \rangle & = \lambda_i\\ \langle \tilde v_i, \mathbf B \tilde v_i \rangle & = 1 \end{aligned}\right. \text{ ou } \left\{ \begin{aligned} \tilde{\mathbf V}^T \mathbf A \tilde{\mathbf V} & = \mathbf \Lambda\\ \tilde{\mathbf V}^T \mathbf B \tilde{\mathbf V} & = \mathbf I \end{aligned}\right. \]

\(\mathbf \Lambda\) est une matrice diagonale contentant les valeurs propres (et \(\mathbf I\) est l’identité).

Si de plus les matrices \(\mathbf A\) et \(\mathbf B\) sont non-négatives (ou définies positives), alors les toutes les valeurs propres sont non-négatives car:

\[ \lambda_i = \frac{\langle v_i, \mathbf A v_i\rangle}{\langle v_i, \mathbf B v_i\rangle} \geq 0 \qquad\text{car}\qquad \langle v, \mathbf A v\rangle \geq 0,\ \langle v, \mathbf B v\rangle \geq 0\quad \forall v \]

On note \((\lambda_i, v_i)\) et \((\lambda_j, v_j)\) deux couples valeurs-propre & vecteur-propre, \(\lambda_i \neq \lambda_j\) (ce qui implique \(i\neq j\)). On a donc les deux équations suivantes:

\[\left\{ \begin{aligned} \mathbf Av_i & = \lambda_i \mathbf B v_i\\ \mathbf Av_j & = \lambda_j \mathbf B v_j \end{aligned} \right. \Rightarrow \left\{ \begin{aligned} \langle v_j, \mathbf Av_i \rangle & = \langle v_j, \lambda_i \mathbf B v_i \rangle = \lambda_i \langle v_j, \mathbf B v_i \rangle\\ \langle v_i, \mathbf Av_j \rangle & = \langle v_i, \lambda_j \mathbf B v_j \rangle = \lambda_j \langle v_i, \mathbf B v_j \rangle \end{aligned} \right. \]

En prenant la différence de ces deux équations, on obtient l’identité suivante:

\[ \langle v_j, \mathbf Av_i \rangle - \langle v_i, \mathbf Av_j \rangle = \lambda_i\langle v_j, \mathbf Bv_i \rangle - \lambda_j\langle v_i, \mathbf Bv_j \rangle \]

Puisque \(\mathbf A\) est symmétrique, le terme à gauche de l’équation est nul et on peut factoriser le terme à droite de l’équation, ce qui donne:

\[ (\lambda_i - \lambda_j) \langle v_j, \mathbf B v_i \rangle = 0 \]

Par hypothèse \(\lambda_i - \lambda_j \neq 0\), on a donc \(v_i\) et \(v_j\) orthogonaux par rapport à \(\mathbf B\), soit \(\langle v_j, \mathbf B v_i \rangle = 0\). On peut reprendre l’une des deux équations ci-dessus pour montrer que les deux vecteurs propres sont aussi orthogonaux par rapport à \(\mathbf A\).

A.5 Généralisation aux fonctions

Les résultats ci-dessus sont valides pour des espaces vectoriels à dimension finie (\(\mathrm{dim} V = n\)), mais sont généralisables pour des espaces vectoriels à dimension infinie. Le cas qui nous intéresse est celui des fonctions réelles intégrables \(V_\Omega = \{ f:\mathbb R\rightarrow \mathbb R\text{ telle que } \int_\Omega |f|^2\,\mathrm dx < \infty \}\). En définissant le produit scalaire de deux fonctions:

\[\langle f, g \rangle = \int_\Omega f(x)g(x)\,\mathrm dx,\]

on peut directement appliquer les résultats de diagonalisation ci-dessus à des applications linéaires \(\mathbf A: V_\Omega \rightarrow V_\Omega\) et \(\mathbf B: V_\Omega \rightarrow V_\Omega\).

Exemple

Par exemple, soit \(\rho(x)\) une fonction strictement positive de \(x \in \Omega\). On peut définir l’application linéaire \(\mathbf A: f \mapsto \rho f\) (on multiplie \(f\) par \(\rho\) en tout point de \(\Omega\)). On peut aussi définir l’application linéaire \(\mathbf B: f\mapsto -\frac{\partial^2 f}{\partial x^2}\) (l’opposée de la dérivée seconde). Une fois les applications définies, on pourra diagonaliser le système \((\mathbf A, \mathbf B)\) en cherchant les valeurs propres \(\lambda\) et les vecteurs propres \(v \in V_\Omega\) (qui sont des fonctions membres d’un espace vectoriel) tels que:

\[ \mathbf Av = \lambda \mathbf Bv\]

On verra l’application concrète de cette généralisation dans le cadre de la vibration de systèmes continus.